samedi 13 avril 2013

Aneto Social Club 1879


ANETO  SOCIAL CLUB 1879

Pour une fois, les pérégrinations de ce blog vogueront dans la zone axiale du massif pyrénéen.

Cher à notre cœur, c’est dans ses pentes que la vocation de la haute montagne naquit dans l'âme de l’adolescent que j’étais.

L’Aneto, aussi appelé  Néthou jusqu'en 1960, était un fief des montagnards hauts -garonnais à la fin du XIXième siècle.
La concurrence entre les CAF de Toulouse et Bordeaux amenait pas mal de montagnards dans ses parages.
Les Russell ,Passet,Brulle,Barreau,Bazillac,Le Bondidier,Camboué y eurent leurs heures de découverte.

Puis après guerre ,dans les années 20 ,Arlaud et de sa bande du GDJ (groupe des jeunes),ouvrirent de nombreuses voies d'escalade sur le toit des Pyrénées.

Pour les toulousains, Arlaud et le GDJ c'est la cordée de référence ; ils étaient les premiers  à parler escalade et découverte des Pyrénées dans la ville rose et sa sélection pour l'expédition himalayenne de 1936 fut un orgueil pour la ville.

Ils étaient comparables aux Rabada-Navarro de Zaragoza ou aux Pons-Anglada de Barcelona dans l'union d'une ville et de ses aventuriers.

Et puis il y eut surtout Norbert Casteret dont l’histoire de la découverte des sources de la Garonne était enseignée dans toutes les écoles de la région toulousaine.

Dire que l’Aragon et l'Espagne avaient failli nous détourner  notre Garonne , dans les années 1920.

Garonne,
le fleuve nourricier de la terre occitane,
le Nil des gascons, l'alma mater de la culture du sud , sans qui Toulouse n'aurait jamais existé ,
avait failli se réduire à la dimension d’un torrent de vallée de Neste,
si Norbert Casteret n’avait pas identifié la liaison souterraine qu’il existait  
entre le Forau de Aigualluts
(vaste perte souterraine au pied du glacier nord autrefois appelée aussi folkloriquement Trou du Toro)
situé en versant méditerranéen
et le Guelh de Joèu (l’œil de Jupiter) résurgence au débit dantesque située en versant atlantique à deux lieues du Forau et déguellant ses eaux rageuses en vall d’Aran ,au dessus d’eths Bordes ,près du refuge d’Artiga de Lin. 

C’était l’époque où la houille blanche façonnait l’économie et tous les cours d’eau des Pyrénées.
On voyait en elle le nouvel eldorado.

C’est pour cela que l’Aneto jouit auprès des habitants de la plaine toulousaine d’une tendresse inspiratrice et d’une attirance quasi  dionysiaque.

L’Aneto est un sommet par lequel on accède par au moins dix voies normales.(voir croquis)

Les versants Llosas, Ixalenques, Barrancs, Glacier nord,  Maladeta, Coronas, Greguena, Llauset regorgent de voies de difficultés F à PD qui permettent d'en atteindre la cime par des cheminements plus ou moins tordus.
A part ceux du glacier nord et la voie sud de Coronas, ils sont quasiment désertés car trop longs pour les montagnards pressés des villes.
Il en est bien ainsi.

1879.

en cette année 1879,

Il y a déjà 37 ans que la voie normale du Glacier Nord a été inaugurée par de Franqueville et Tchihatcheff accompagnés d’Ursule, Nate,  Argarot et Sanio leurs guides et porteurs.

Les grands sommets pyrénéens sont tombés.

Il reste maintenant  les premières sportives, ou avec un minimum de difficultés, à entreprendre et nait le concept de combinaisons d’itinéraires.

1879 est l’année de l’ascension du glacier du Clot de la Hount au Vignemale par Brulle et Bazillac.

ANETO SOCIAL CLUB

Sur l’Aneto, un cubain, oui, un cubano, José Nariño lui veut inventer une voie qui s’affranchirait du dôme sommital et du fameux passage du Pont de Mahomet (Paso de Mahoma). 
Le cubain est membre de la section des Pyrénées centrales  du CAF à Toulouse et suit des études d’ingénieur des mines à Paris.Il a 18 ans cette année là.

Ses faits d’armes dans les Pyrénées : la face sud du Boum (massif du Maupas) et la seconde de la Maladeta occidentale. (Annuaire du CAF de 1877) A 16 ans !!

Le 24 aout il s’essayait avec son frère à une reconnaissance du sommet vers la brèche des Tempêtes. Mais pour la face sud, il n’entrevoit aucune solution avec le point de vue qu’il a.

Il possède toutefois un croquis de Russell qui pense qu’il existe un passage relativement facile. 
« Avec un peu d’audace et un temps sur , il y a moyen d’y parvenir», pensait le maitre.

C’est donc une semaine plus tard qu’avec un porteur Pierre Cantaloup et son guide Jean Haurillon, qu’après avoir gravi le pic Russell , la veille, avec de nombreuses péripéties qu’il se retrouve à la cabane de Llosas.

Le 1er septembre, ils se mettent en route à 6heures.
Ils laissent le lac Llosas à droite et arrivent au pied de la muraille sud. Ils sont effrayés par sa verticalité, par la large rimaye qui en défend l’approche.

Mais Haurillon trouve le pont de neige salvateur où il faut pratiquer la reptation et la monte à cheval  pour atteindre la paroi si enviée.

Le récit de Nariño  plaira à l’âme des romantiques : « alors commença une escalade à la diable, montant je ne sais où, sur ce que je ne sais quoi, de droite à gauche, de gauche à droite. Une seule marche à la fois et tache de se mettre le moins possible au dessus des autres car à chaque instant les blocs se détachent. Par moments il nous faut faire la courte échelle à Haurillon qui passait en tête. Quand un de nous  était assuré, on lui passait sacs, bâtons etc. afin d’avoir les mouvements libres.

Haurillon reprend : "il fallait être engagé dans cette horrible muraille et tacher de s’en sortir »
Arrivés sur le pierrier sommital, ils tournent le dos à l’Aneto. 
Un spectacle grandiose et terrifiant les plaque au sol. A 200m d’eux un pan de crête s’effondre sur la muraille de glace des Barrancs.
A 11h05 ils foulent le sommet. Ils y sont parvenus sans franchir le pas de Mahomet. Nariño savoure cet instant, les nerfs une fois détendus.

Sur le registre au sommet, il note moins serein « José Nariño (ile de Cuba) avec J. Haurillon et P. Cantaloup, sont arrivés ici, par la grâce de Dieu, après avoir effectué la première ascension du pic par l’arête (NO-SE) qui va rejoindre l’arête de glace, après avoir gravi la muraille verticale plein sud. Ils ont manqué y périr, à cause des rochers qui cèdent à la main…Dieu préserve d’autres voyageurs d’essayer ce terrible passage ! »

La répétition eut lieu le 27 juillet 1882 par les deux compères Brulle et Bazillac et leur guide Célestin Passet qui cherchaient là une voie d’accès rapide au sud par « l’idéal passage archi mauvais » sans passer par la brèche des Tempêtes si redoutée à l'époque.

Sur le carnet de Brulle ,on ne notera rien  sur cette voie ,gravie en cette journée mémorable qui les conduisit du pic des Tempêtes (3291m) jusqu’au pic d’Albe par le Néthou(3404), le pic du Milieu(3354), la Maladeta(3312),le pic occidental de la Maladeta (3275) .

Débutée à  4h00 du matin et terminée à 6h00 le lendemain matin sans dormir et en picorant de-ci ,de-là. 

Mais là on était dans une autre dimension : la collectionnite des sommets d’un massif débutant dans la pale lumière de l’aube, « marchant jusqu’à l’autre bout, jusqu’à ne plus rien avoir devant soi que la vallée envahie par la marée des ombres ».

C’est sur ces trois là on fait depuis des émules.

Voie Nariño réalisée le 09/09/1995 par 3 membres d’Auñamendi depuis le refuge de Coronas en 6h dont 1h30 dans la paroi. 
Niveau PD +. 
Attention aux chutes de pierres dirait encore aujourd'hui Nariño, mais itinéraire splendide.

Remerciements et gratitude à Jean Escudier « l’Aneto et ses hommes » (éd. Marrimpouey) sans qui ce récit n’aurait pas toute la dimension historique et détaillée.
Son livre devrait se trouver dans toutes les bibliothèques des amoureux de la chaine pyrénéenne .

Il est à noter que ne trouvant pas d’imprimeur à l’époque, il fut édité en 1957 par le CEC à Barcelona. Réédité en 1972 en castillan et catalan, sa parution française ne date que de 1977.

quelques photos ;argazkiak

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carte des voies normales de l'Aneto
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la voie Nariño depuis le pied de la face sud 
 

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la face sud de l'Aneto vue du Malibierne

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base du couloir

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dans la montée ,on peut apprécier la brèche des Tempêtes qui rebuta les pyrénéistes
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le haut du couloir Estasen (PD)

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Summit

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Paso de Mohama

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Col Coronas
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