Affichage des articles dont le libellé est néolithique. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est néolithique. Afficher tous les articles

dimanche 29 octobre 2017

La Senda de Camille entre Aragon et Béarn

http://doarama.com/view/1621238
photos et doarama de la Senda de Camille revisitée par nos soins en "K1000 Espress" .
on n'a pas eu de chance , mauvais temps sur le parcours pendant 3 jours donc peu de clarté et neige encore très présente cette année là en versant Nord .
La senda de Camille a été baptisée en souvenir de la dernière ourse qui faisait le parcours entre la sierra de Alano ,la vallée d'Aspe et les montagnes d'Izaba et Garde , disparue en 2010 .
Randonnée entre Aragon et Béarn de 110 km et 6500m de dénivelé . On peut faire plus en ajoutant des sommets peu éloignés des voies de passage .
compter 6 jours . il est d'usage de raccourcir le temps de parcours . 

Pourquoi ?? C'est un phénomène très urbain voire une attitude post industrielle .
on aurait pu monter quelques pics supplémentaires mais la météo fut vraiment exécrable .
les étapes sont marquées par les 6/7 refuges du réseau .
Lizara , Somport , Arlet ,Lauzart (Lescun) , Linza ou Zuriza , Gabardito ,
l'idée est bonne de donner un sens à ce maillage pour de refuges conçus à l'origine  par massif montagneux .
les connaisseurs de la zone ne s'encombreront pas d'un parcours type si ce n'est que celui de rentrer à la maison le soir.
 

Ce tour doit se concevoir avec un pic par jour pour aprécier les détails du paysage , les mouvements de la géologie , la richesse de l'agropastoralisme et de la faune (mammifères et oiseaux) , les marques de l'histoire , l'analyse de la toponymie locale à cheval sur le béarnais ,l'aragonais (fabla) , l'euskara ancienne langue de la vallée d'Anso et Hecho.
comment passer au col de Pau ou Palo sans évoquer la voie celte qui a précedé la voie romaine de "summus portus" ou Somport .
Comment ne pas passer à Guarrinza et ses environs sans visiter une des plus importants nécropoles du néolithique, preuve de la conquête des paysages par l'Homme il y a 5000 ans.
 

Véritablement je regrette :

1-de ne pas etre passé à Ansabère ou Mallo de Atxerito et être descendu par la Hoz de l'Ingeniero ,
2-d'avoir fouiné du coté de Txipeto Alto et descendu par la vallée oubliée de Siviella ,
3-de ne pas avoir coupé la première étape par le collado de Aisa et ascencionné le Pic de Ruabe del Bozo pou la vue sur Olibon et l'ensemble de Bernera puis  descendre par le paso de l'Aspe et la cascade de Xurruta (un pléonasme) emblématique du secteur
4 -d'avoir oublié mon plan initial par la faja de los Anollos (agnelles) pour arriver à Arlet .(montée par Estaens de Bernera , Cravetas , dolmen de l'Escalet , Aguas Tuertas et la faja jusqu'à Arlet .
5-etre déçu de n'avoir pas traverser le Visaurin en finissant par le plan de la Mistresa car la face Nord était obstrué par la neige en ce début juillet .

Vous avez compris que pour réussir une belle senda K1000 , il fallait passer sur ces 5 points ,loin de la voie classique .
j'y reviendrai car c'est si près de la maison , quand je serai assuré du beau temps ,
il vaut mieux utiliser les services de la centrale de réservation pour etre sûr de pouvoir dormir et manger .

autrement etre autonome et bivouaquer où bon vous semble . C'est la meilleure des solutions , surtout que le coin est bien fourni en abri sous roche , cabanette , et autres cobas abritées .

quelques photos au hasard des 6 étapes : ordre de la traversée Lizara , Somport , Arlet ,Lauzart (Lescun) , Linza ou Zuriza , Gabardito , Lizara

jeudi 7 avril 2016

Labourd-Basse Navarre : Les croix pastorales d'Artzamendi


Certes, cet article ne présentera rien d' essentiel pour la connaissance du massif d'Artzamendi-Mondarrain (classé au réseau Natura 2000 pour un certain nombre d'espèces végétales ou animales protégées en 2014) ,il ne rapportera rien ,non plus , en terme d'incidence économique directe.
Il se voudra simplement un témoignage sur une époque révolue, avant  oubli complet et définitif dans la mémoire collective.
Après avoir cherché des témoignages de connaisseurs du Massif ou d'habitants des communes de Bidarray et d'Itxassou ,il fallut se rendre à l'évidence d'un désinteret total sur le sujet et  recommencer le travail de collecte depuis quasiment zéro.Seul P. Badiola avait entrevu un menhir croisé ,mais l'avait interprété comme une limite frontalière .(cf revue Jakintza "spécial Itxassou" 2012)

Cet article contribuera , j'espère , à répandre un peu d'humilité chez les sportifs arrogants et les acteurs du tourisme sans limites  , qui nous font croire , à coup d'articles rédigés par des attachés de presse , de reportages TV , ou de pompage sur Wikipédia , qu'ils ont inventé le Pays Basque , qui aurait été créé il y a 40 ans ou pour les plus ignares d'entre eux, qui ne date que de 2014 .

La marchandisation actuelle de l'espace montagnard est une aubaine due à l'abandon des pratiques agropastorales ancestrales et ces chers acteurs pensent que seul l'ultra tourisme de masse pourra sauver les estives en cours d'abandon en Labourd et en Basse Navarre .
La montagne n'est donc devenue qu'un terrain de jeu ,un stade pour les urbains en quête du rêve des Grands Espaces.

Ils en profitent ainsi pour apporter et semer ,en altitude, les  contraintes et les fantasmes de cette civilisation  urbaine avec ses turpitudes cent fois renouvelées .
(mécanisation des loisirs ,course à la rentabilité et à la productivité ,le temps étant pris comme l'unique référence ,massification des épreuves sportives , pose de balisages permanents ....).
La mécanisation des loisirs perdure .Les rencontres avec des 4*4 ,quads ou motos "vertes" ,qu'on croyait éloignées par les arrétés de classement de protection , se sont accentueés ces dernières années sous l'effet des restrictions budgétaires affectant le réseau de surveillance de l'ONCFS.
Un rallye automobile s'est même invité en avril 2016 au coeur de cette cathédrale du silence.

Les "collants-pipettes" ou "pepittoak" ,nous n'en doutons pas , auront vite fait de remplacer les bergers dans  le dur labeur d'entretien des chemins ou la restauration du petit patrimoine .
Vu la générosité avec laquelle nos élus laissent filer les subventions à leurs attentions ,le résultat devrait être à la hauteur.
(65 000 euros pour rebaliser 5 chemins PLR en Baigorri en rouge pour une stationdetrail.com)


Le Pays Basque perd peu à peu la connaissance de son Histoire et certainement un peu de son âme ,pour renter dans la civilisation de la mondialisation , de l'économie globale et des raccourcis du folklorisme à travers la civilisation des loisirs et du tourisme.
Le "Pays Basque de Ramuntxo" a encore de beaux jours devant lui et les organisations festives pourront toujours le vendre à travers ces relais officiels et institutionnels (OT ,CdT ,presse,..). Ah qu'il est plus facile de feter en ville ou village ,les éléments de la gastronomie "locale" que de mettre en valeur les antiquités et patrimoines qui habitent nos montagnes.

Prenons conscience que les paysages d'hier n'ont rien à voir avec nos paysages actuels.

Les espaces montagnards étaient aussi réglementés que ne le sont nos espaces urbains actuels .
Ici pas besoin de clôture ,de grillage ,de feux rouges .

Fontaine ,source ,borde ,arbre remarquable ou églantier isolé ,pierre naturelle ou borne façonnée, constituaient autant de marqueurs de la gestion de cet espace.

Les utilisateurs connaissaient ces règles de vie des libres parcours que les bergers apprenaient dès l'age de douze ans pour la conduite de leurs premiers troupeaux.
Les cadets ,le plus souvent , régnaient sur ces territoires pastoraux,loin des yeux des maitres de maison qui les opprimaient en ne leur laissant aucune initiative sur l'Etxe ou l'Oustau .
(Etxe : institution complexe représentant la maison stricto sensu ,le droit de délibérer en cour générale,le droit d'admettre d'autres Etxe dans le finage de la vallée ou du village ,le droit de devenir juge ,le droit d'avoir une place marquée au cimétière ou l'église....)
D'autres cadets étaient employés aussi par les ordres de St Jean de Jérusalem  (Bayonne) ,les prémontrés d'Urdax ou les Augustins de Ronveveaux.Ces ordres se sont livrés à une guerre sans merci poir la conquête des espaces pastoraux dès le Haut moyen Age.

les cadets  prenaient possession des espaces dès les montées en estive. 
Leur savoir faire sans égal a été la clef de la conservation et transformation de ces paysages montagnards .Il a assuré la survie économique des fermes de la plaine ou des ordres religieux par les revenus directs ,les dimes .
Ces espaces seront fragilisés s'ils ne deviennent que des lieux à usage touristique .La biodiversité y perdra surement.

On a toujours entendu des histoires de chicaneries ou de disputes en montagne,
"les guerres oubliées" selon la formule de Christian Desplat .

Mais les faceries ,les compascuités ,les lies ,le carnal (ou carnau) et les droits de carnalage ,les dimes ,les taxes diverses et variées , les usages de "sol à sol" ,les bustalizas ,les sarois ,les bordaldes ou les kortak ,la Mesta , les possessions des ordres religieux ou les actes notariés avaient bientôt fait de réglementer tout  ce petit monde pour assurer la paix et la sérénité  sur ces lieux ouverts .
L'armée ,les gardes foraux  ou royaux ,les douanes et contributions infirectes firent aussi le ménage dans les hauteurs.

Aujourd'hui que nous reste il, sur le "plateau vert" d'Artzamendi ,entre Gerasto et Meatse ,entre Bidarray et Itxassou ,entre Basse Navarre et Labourd .??
Outre quelques bergeries retapées par des fervents descendants de bergers ,
des ruines de bordes ,des espaces qui se referment avec la végétation altanto-océanique de la zone intermédiaire (landes ,ajoncs ,genets ,bouleaux ,..) ,
Quelques sentiers entretenus par des fervants randonneurs ,chasseurs ou éleveurs ,
Quelques cromlechs ayant échappé au massacre des pelles mécaniques ou des voleurs de pierre de grès.
Avant complète disparition ,il nous reste à connaitre et inventorier ce petit patrimoine dont les bornes pastorales sont des signes de délimitation de ce vaste lotissement agropastoral que constituait  le massif d'Artzamendi.

Ces croix ,situées sur ce que la modernité malencontreusement a appelé le "plateau vert" ,nous rappellent que les montagnes étaient ,avant tout ,des lieux de travail ,d'échanges économiques et surtout des lieux d'Histoire.
(ces endroits étaient classés en herms communs ,forêts en défends (betat) ou ouvertes)
A cette époque, écobuage signifiait défrichement avec une bêche-fourche du nom d'écobue (pikotzea en euskara) .
Mettre le feu en montagne (ou brulis) était un acte réprimandé et puni , appellé clairement incendie .
Le petit cheval ou pottock était interdit de paturage.
Malheur aux fraudeurs ou aux délinquants ainsi nommés dans les PV de délibérations syndicales ..

Quelques chèvres ,bien gardées ,étaient tolérées au milieu des troupeaux.
Elles étaient interdites surtout dans les  "bedats" ou "vétés"  ,qui étaient surveillés par les nombreux gardes garants de ces défends en forêts privées ,royales ou communes.
(on ne dit pas, à cette époque, communales)

Des grands troupeaux de cochons faisaient route entre les  vastes forêts royales du royaume de Navarre .
La domination de l'élevage ovin n'était pas encore affirmée.
Le fromage était une denrée rare .

Le  travail de récupération de cette mémoire historique ne fut possible que grâce à l'utilistion des technologies satellitaires GNSS ,de numérisation et scannage, d'utilisation d'un SIG  et d'un logiciel CAO-DAO, de transformation des systèmes de coordonnées (Bone-CC43) ,
bref de tout un attirail de belle technologie et de maniable technicité.
Mais les résultats ont été au rendez-vous .

Les cisailles ,les rateaux ,la chance surtout ,les coupes-coupes nous ont beaucoup aidés.
Ce furent de grands moments de suspence ,de perspicacité et d'amitié aussi....
Un article plus détaillé sera édité d'ici quelques mois dans la RMB ou la RIEV .

L'emplacement des premières croix doit dater de la période 1240.
Elles ont été, pour la plupart, rénovées au XIXème .
Nous nous trouvons là sur l'ancienne limite entre Navarre et Angleterre, à l'époque d'Aliénor ,quand fut signé le traité des limites entre Simon de Monfort et Sanche ,le navarrais.
La plupart des bornes sont doublées par des rochers caractéristiques en quartz blanc ,dur à graver.
Un menhir est utilisé dans ce bornage ,croisé,il peut être daté du néolithique.(-2000 aJC)


Bibliographie à lire et relire pour une bonne compréhension de la montagne basque par des maitres de la discipline.
1 JB Orpustan
a-"la forêt royale d'Ossès"  (la vallée d'Ossès -ouvrage collectif -Izpegi editeur)
b- Histoire et onomastique médiévales- L'enquête de 1249 sur la guerre de Thibaud I de Navarre en Labourd (revue du CNRS Lapurdum 2-1997)
2 Eulogio Zudaire Huarte :
a- Facerías de la cuenca Baztán-Bidasoa 1967 Viana 28-106 p 61-96 et 1967 vol 28-108 p 161-241
 b- Contingencias fronterizas Baztán-Bidarray cuadernos de Etnología y Etnografía de Navarra (CEEN) 1993 Volumen 25 Número 62 Página 204 - 217
3 Michel Duvert :
a-KOBIE (Serie Antropología Cultural). Bilbao Bizkaiko Foru Aldundia-Diputación Foral de BizkaiaN.º XI, pp. 225 a 314, año 2004/5.ISSN 0214-797 l BORDES, PEUPLEMENT ET HABITAT AU PAYS BASQUE NORD Bordas, poblamiento y habitat en el País vasco francés
b-revue ikuska 2015 : essai sur l'habitat en montagne : St Michel
c-sel, saroi et bordaldes ,les espaces circulaires , sur le site web de Lauburu (indispensable)
4- Claude Dendaletche RMB 1974 les constructions pastorales d'Artzamendi
5-Samuel Leturcq : Territoires agraires et limites paroissiales in Mediévales 2005
6-Nekane Vizcay Urrutia Uso y ocupación del medio natural: un análisis de las
bordas en el valle de Erro y Auritz/Burguete in Cuadernos de Etnología y Etnografía de Navarra (CEEN), 84 (2009), 181-345
7-Général Gaudeul (travaux sur Artzamendi) références inconnues -descrption d'une gravure polymorphe
8- Travaux de recensement des 150 roues de moulins sur Artzamendi (collection privée)
9- Danielle Lassalle Berger basque -berger pyrénéen 2015-Elkar edition